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Point de Vue

Transcription : Interview audio de Monsieur Laurent Sedogo, Ministre Burkinabé de l’Agriculture et des Ressources Halieutiques, le 04 juillet 2012 à l’Hôtel Kempinski de N’Djamena, République du Tchad, en marge de 47ème session du Conseil des Ministres du CILSS

 

S.E.M.le Ministre Laurent Sedogo

Interview réalisé par Mr. Luc Gnacadja, Secrétaire Exécutif de la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification, transcription réalisée par l’équipe de l’UCR-Afrique (BC, ST et WE).

Luc Gnacadja (LG) : Mr. Le Ministre pouvez-vous nous parler, un peu, de votre perception de la question de la gestion durable des terres, pour avoir traité la question d’abord en tant que Ministre de l’environnement en charge de protéger cette ressource, et puis maintenant en tant que Ministre de l’agriculture, donc premier et principal utilisateur de la ressource?

Laurent Sedogo (LS) : Moi je pense que les deux expériences sont complémentaires. En tant que Ministre de l’Environnement, évidemment la valeur écologique de la ressources terre était ce qui m’importait le plus, mais dès ce moment, et nos écrits l’attestent, quand nous avons élaboré notre stratégie de gestion durable des terres (GDT), et que nous avons également finaliser notre programme de GDT, nous avions fait comprendre que, forcément, la composante des utilisateurs directs de la ressource terre doit être prise en compte pour nous permettre de mieux gérer la problématique. Ç a, nous l’avions déjà posé comme un postulat à tel point que quand nous avions élaboré le schéma synoptique pour mettre en place un observatoire , nous avions réussi à faire une analyse des acteurs  afin de mettre chacun en face de ses responsabilités ; et à l’époque déjà, nous avions dit aux écologistes qu’ils devraient se positionner en rôle de gardien, de sentinelle,  expliquant à chacun des acteurs les objectifs (recherchés de l’utilisation des terres) et aussi avoir les instruments pour que à tout moment, ils leur disent quel a été  l’impact de l’utilisation faite de la terre,  qu’est-ce qu’ils doivent faire pour prendre cela en compte, dans le sens d’amélioration de la production et de la productivité.


Mais, ça c’était le premier pas (dans la gestion durable des terres). Maintenant que je suis ministre de l’agriculture, je me rends compte encore plus de l’importance de cet attelage. Je me rends compte qu‘effectivement, la dégradation de la ressource terre ne peut être bien perçue que si l’on prend en compte les objectifs de production. Donc  cela veut dire qu‘on doit raisonner non pas en disant  : « ne faites pas ceci parce que ça va dégrader », mais plutôt  : «si vous utilisez la terre qu’est-ce que vous devez faire pour permettre à la terre de continuer à donner les meilleurs résultats en terme de productivité ». Je crois que c’est le sens qu’il faut donner à la gestion durable des terres.  Ainsi l’écologie ne se tient plus en rôle de gardien pour préserver, mais en rôle d’accompagnateur pour mieux utiliser la ressource dans  le sens de la durabilité. Et ça, j’ai réussi à mieux le percevoir encore, parce que quand j’accroche la question de la sécurité alimentaire au Burkina Faso à la question de la gestion durable des terres, on se demande alors pourquoi dans nos pays on n’arrive pas à assurer suffisamment de production agricole pour supporter nos besoins alimentaires. Dès qu'on examine de près  les paramètres, on voit alors que les tous premiers paramètres auxquels il faut faire face, c’est d’abord la contrainte de la gestion durable des terres ; en deuxième lieu apparaît la contrainte de l’utilisation de l’eau ; et en troisième lieu les questions agronomiques, notamment l’utilisation des semences améliorées et la gestion de la fertilité. Mais il y a le capital terre d’abord, et c’est ça qui nous a permis de définir, maintenant, des approches qui permettent de dire aux producteurs, qu’avec moins de terres, bien gérer,  Ils pourrons assurer des productions agricoles suffisantes. Deuxièmement, le facteur « eau » : comment est-ce que l’on fait pour que la plante, physiologiquement, puisse disposer de la quantité d’eau nécessaire durant tout son cycle végétatif, afin de lui permettre de donner le maximum de résultat. Quand on fait une telle analyse, on se rend compte qu‘avec très peu, ou une petite quantité de terre, on peut effectivement arriver à des résultats extrêmement importants.

Luc Gnacadja (LG) : En effet, sur cet aspect précis, vous avez, tout à l’heure,  dit qu’il était possible  avec un demi hectare, de nourrir un ménage et même d’assurer sa sécurité alimentaire. Est-ce que vous pouvez, pour nos lecteurs, élaborer un peu là-dessus ?

LS : Oui. Tout simplement parce que quand nous raisonnons en terme de valeur absolue, nous regardons quels sont les types de productions qui nous permettent de fournir le  maximum de rendement à nos ménages dans nos conditions sahéliennes. En termes de sécurité alimentaire, nous, nous  considérons surtout les céréales. Et si nous prenons une plante comme le maïs, aujourd’hui, avec les résultats de la recherche, nous avons une variété de maïs, au Burkina Faso, qui nous permet au niveau recherche d’avoir jusqu’à 12 tonnes à l’hectare de potentiel ; mais en milieu paysan, nous avons eu des paysans qui ont été capables d’avoir plus de 8 tonnes sur un hectare avec cette variété. Alors,  cela veut dire que dans de bonnes conditions, sur un quart (1/4) d’hectare on peut avoir au minimum 2 tonnes. Evidemment il y a un certain nombre de conditions et de paramètres qu’il faut gérer. Premier paramètre, c’est d’abord, comme je l’avais dit, la contrainte terre : il faut avoir une terre capable de supporter la plante pour lui permettre de donner le maximum de son potentiel. Or pour cela il faut simplement que la terre soit bonne et bien nourricière.  Ce qui veut dire qu’il faut gérer la fertilité. Et là, nous avons également toutes les techniques qu’il faut, de gestion de la terre : les demi-lunes, le zaï, l’utilisation du compost.  Donc  dans tous les cas, on a tous les facteurs qui nous permettent d’avoir les bonnes terres pour supporter la plante. Deuxième facteur qu’il faut maîtriser, c’est l’eau. Il faut s’assurer simplement que la plante ne va pas souffrir de stress hydrique durant tout son cycle végétatif. Et nous avons également la technologie ; nos chercheurs ont mis au point des techniques pour maîtriser l’eau pendant la saison des pluies ou même après la saison des pluies, pour nous permettre d’appliquer les techniques d’arrosage ou d’irrigation appropriées pour permettre à la plante de bien pousser et d’arriver à son stade végétatif optimal.


Enfin, la troisième contrainte c’est évidement la variété. Il faut avoir la bonne variété de semence améliorée, ce que justement à travers le programme agricole nous arrivons à faire aujourd’hui avec cette nouvelle variété qui a été mise au point par la recherche au Burkina, et que nous avons testée déjà. Nous avons testé cette approche et dès cette année nous allons l’étendre à une échelle assez vaste parce que nous avons pris un certain nombre de producteurs dans chacune de nos communes et nous avons près de cent et quelques communes. Nous avons une cinquantaine de producteurs pour commencer. A partir de là, les gens vont voir et ça va nous permettre d’aller à un rythme beaucoup plus accéléré.

Donc, pour me résumer ça veut dire que sur un quart d’hectare vous pouvez avoir entre deux et deux tonnes et demi de maïs, ce que, en  milieu traditionnel, vous ne pouvez pas faire avec trois, quatre parfois même 5 hectares pour la même plante. Donc déjà vous voyez les résultats, non seulement en terme de gain de travail, en terme de gain de productivité et en terme d’économie également pour la terre parce que la gestion ici vient également  du fait que les gens  avaient toujours besoin de très vastes superficies à cause des rendements faibles.


LG : Et pour une ressource qui est limitée que ce soit la ressource terre ou la ressource eau.

LS : Exactement.


LG : Vous avez mis l’accent sur la recherche scientifique et sur sa diffusion. On a souvent relevé en Afrique cette dichotomie entre la connaissance et les pratiques agro-pastorales des populations. Comment voyez-vous ce fossé se rétrécir ?

 
LS : Mais quand on se met dans un tel raisonnement on ne peut  justement qu’arriver à un tel attelage. Je tire mon raisonnement du fait que tout le monde en a marre de voir l’Afrique souffrir de la malnutrition et de la sous-alimentation. Si on se donne pour objectif de sortir de ce cycle forcément on va mener des raisonnements où on se rend compte que non seulement il faut y appliquer les meilleures technologies, comme je l’ai dit (technologies de gestion de la terre, technologies de gestion de la fertilité, technologie de la gestion de l’eau),  mais qu’il manquera un facteur essentiel malgré tout: il faut que la recherche, qu’elle soit fondamentale ou recherche & développement, vienne également accompagner.   C’est dans  ce sens que je dis que nous, au Burkina, ces trente dernières années nous  avons mis au point des technologies dans les centres de recherches ou alors nous avons travaillé à rendre visible des technologies traditionnelles que nous avions, mais où en tout cas il a fallu que la recherche apporte sa contribution pour dire aux gens que c’est faisable et c’est possible .  Ainsi aujourd’hui, c’est dans les zones qui, dans les années 70 /80 étaient les zone les plus hostiles, où l’on pensait que toute vie était impossible, où les gens n’avaient autre solution que de migrer, c’est dans ces zone que, justement grâce à la technologie, à la recherche et à la diffusion des technologies, on a les meilleurs résultats en matière de gestion durable des terres,  de production et productivité agricole.

LG : Donc la gestion durable des terres peut inverser les flux migratoires…


LS : Exactement.  Chez nous, justement dans la zone du Nord Yatenga, qui est une des zones par excellence  qui a intéressé  tellement de chercheurs, il y a eu tellement d’écrits, aujourd’hui nous avons des résultats de recherche sur la base des procédés de suivi écologique utilisant les photos aériennes, les analyses diachroniques, les imageries satellitaires et même parfois la surveillance directe sur le terrain. Aujourd’hui tous ces résultats montrent que ce sont des terroirs où d’abord la densité des arbres a plus que doublé, où la productivité et la fertilité des terres ont été multipliées par un facteur 2.5 et parfois plus et où maintenant certaines familles qui avaient migré dans des zones qui apparaissaient comme des zones beaucoup plus hospitalières, sont en train de revenir parce qu’il est plus facile pour eux de rester dans leur propre terroir plutôt que d’être dans un terroir où on les considère comme des étrangers, où ils sont sujets à des pressions et conflits assez désagréables.

LG : Mr. le Ministre, deux autres petites questions et je me serais ainsi fait le plaisir de vous interviewer. Pendant la première décennie de la mise en œuvre de la Convention il a été observé que le défi majeur a été le défi de l’intégration de la gestion durable des terres dans les politiques publiques de lutte contre la pauvreté et d’accélération de la croissance. Comment voyez-vous cela possible vu vos deux expériences en cette matière : l’expérience de ministre de l’environnement et maintenant l’expérience de premier utilisateur des terres.

LS : Encore une fois de plus quand nous nous mettons dans un raisonnement, je ne dirais pas productiviste mais en tout cas où l’objectif est clairement défini : par exemple atteindre la sécurité alimentaire mais aussi d’utiliser judicieusement la terre, donc l’agriculture, car l’agriculture ne peut pas être séparée de l’utilisation de la terre, comme étant le moteur de la croissance économique. Quand on est dans un tel contexte on ne peut pas ne pas voir tout de suite l’attelage à mettre en place. Je vais vous donner un exemple : cette année nous avons lancé la campagne agricole justement sous le signe de la gestion efficace, de la gestion durable des terres et de la gestion de l’eau et nous avons amené le Président de la République au cours de la cérémonie de lancement de la campagne, et nous avons fait des parcelles de démonstration très physiques ; c’est-à-dire que nous avons, deux / trois mois avant, sur le site où nous devions lancer cela, travaillé avec les populations pour faire des parcelles de démonstration de l’utilisation de la terre à partir des technologies de gestion de la terre et de l’eau. 


 C’était très physique et très visible et avec leurs coûts ; quand les premiers responsables du pays eux-mêmes voient cela dans ces conditions, il n’y a plus tellement de barrières. Quand vous faites un programme pour dire : « dans la zone de Yatenga nous avons besoin de faire par exemple un programme où nous allons allier les technologies de gestion de la terre et  l’accompagnement des populations que cela nécessite. On y met les coûts pour gérer l’eau et pour que justement nous puissions atteindre les résultats de production escomptés. Dans ces conditions on n’a pas besoin d’argumentaire, le décideur lui-même se rend compte qu’il faut passer par là forcément si on veut atteindre effectivement ces résultat escomptés., Je pense donc que c’est une question de démarche et d’approche mais il faut forcément que dans nos modèles on sache que ça a un coût et que si on veut atteindre de tels objectifs forcément la contrainte doit être prise en compte ; il faut que ce ne soit plus une contrainte qui nous tire vers le bas, il faut y mettre les moyens financiers nécessaires pour surmonter cette contrainte et nous permettre d’atteindre nos objectifs de production ; à partir de ce moment vous n’avez plus d’obstacles entre vous et le décideur qui mettra les financements nécessaires parce que lui il a besoin de résultat. Et s’il a besoin de résultat, voilà le chemin par lequel il faut nécessairement passer et nous l’avons fait. Quand on est sorti de là des collègues disaient, on ne savait pas que c’était autant de travail.


LG : Ça parle de lui-même en effet et finalement, Monsieur le Ministre, que vous inspire l’appel qui vient de Rio+20. Le Sommet a reconnu l’importance économique et sociale considérable de la d’une gestion durable des terres, y compris des sols notamment, sa contribution à la croissance économique, à la biodiversité, à l’agriculture durable, à la sécurité alimentaire, à l’aliénation de la pauvreté, à l’autonomisation des femmes et je cite « à la lutte contre les changements climatiques et à l’amélioration de la qualité d’eau » ; et le Sommet appelle à un changement de paradigmes, à savoir réduire la dégradation et accélérer la restauration des terres dégradées. Que vous inspire ce changement de paradigmes qui vient comme un appel du Sommet de Rio+20 ?


LS : Je ne peux que saluer véritablement cette approche parce que quand on rencontre les paysans, les producteurs dans ces contrées sahéliennes, notre message en leur direction il est très simple : c’est la terre qu’il a plu à Dieu de vous donner pour que vous aussi vous fassiez votre vie et que vous la rendiez autant meilleure que possible. Alors (la désertification) ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas du tout une fatalité. Ailleurs les gens ont d’autres contraintes, nous notre contrainte c’est que nous apportions (à la terre) ce qu’il faut pour pouvoir améliorer nos conditions de vie. Donc dans ces conditions, oui le marteler et le faire comprendre, dire aux gens que nous pouvons bien vivre à condition que cette question-là soit prise en compte. Le Sommet de Rio où tous.. enfin les représentants du monde entier, les grands décideurs, parfois même les représentants des petits paysans, les organisation de jeunes, tout ce monde se retrouve pour discuter des questions par rapport à l’avenir du monde, il faut que nous, on dise que chez nous… oui on peut parler du problème du carbone, etc., etc. Oui mais en attendant  notre petit problème, à notre petite d’échelle, c’est justement que nous gérions la contrainte terre puisque c’est le facteur numéro un pour que notre vie devienne meilleure, il faut que ce message-là passe ! Donc avant… c’est-à-dire que chacun doit balayer devant sa porte. Si ailleurs c’est la menace nucléaire, si ailleurs c’est la menace, par exemple, des flux de pesticides qui n’est pas exempte chez nous non plus, si les grands problèmes du monde c’est comment réduire la concentration de carbone et tout. Tout ça c’est bien, mais alors à l’échelle des organisations de jeunes, de femmes dans nos villages pour que leur vie devienne meilleure comment on peut les aider à ce qu’il puisse mieux intégrer la gestion de la contrainte terre et de la contrainte eau parce que c’est cela la condition qui va améliorer qualitativement leur vie. Si  ce message-là n’était passé cela voudrait dire qu’on est passé à côté de la plaque et que nous n’avons pas pris en compte ces gens-là qui font partie de l’Humanité. Donc je dis que véritablement je ne peux que me réjouir et… c’est aussi grâce  au message que vous ne cessez de marteler et j’espère que vous allez continuer à avoir la force et l’intelligence nécessaires pour continuer à nous soutenir parce que véritablement c’est le point de passage obligé pour nous, Africains aujourd’hui, si nous voulons que ce premier pas soit franchi, parce que je pense que c’est d’abord le premier pas que nous allons franchir, sans la gestion durable des terres nous ne pouvons pas parler d’assurer la sécurité alimentaire, pas un seul marché dans ce monde-là ne pourra venir soutenir la sécurité alimentaire en Afrique en dehors de ce que nous-mêmes nous pouvons produire chez nous. Or pour que ce soit fait nous devons gérer ce patrimoine terre et je pense que véritablement c’est un message que vous savez bien faire passer.

 
LG : Monsieur le Ministre, merci beaucoup.

 

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