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La lutte contre la désertification en Afrique

C'est en Afrique que la désertification fait le plus durement sentir ses effets. Les zones désertiques ou arides représentent les deux tiers du continent. L'Afrique comprend de vastes étendues de terres agricoles arides, dont près des trois quarts souffrent déjà de dégradation à des degrés divers. La région connaît des sécheresses fréquentes et marquées. De nombreux pays africains sont sans littoral, connaissent une pauvreté largement répandue, ont besoin d'une aide extérieure importante et sont lourdement tributaires des ressources naturelles pour leur survie. Leur situation socio-économique est difficile, leurs structures institutionnelles et juridiques comportent des lacunes, leurs infrastructures présentent des faiblesses et leurs moyens scientifiques, techniques et éducatifs sont insuffisants. Cette situation difficile explique pourquoi les pays africains ont consacré tant d'efforts à persuader la communauté internationale de la nécessité d'une " Convention sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique ".

La désertification de l'Afrique est étroitement liée à la pauvreté, à la migration et à la sécurité alimentaire. Dans de nombreux pays africains, la lutte contre la désertification et la promotion du développement représentent pour ainsi dire un seul et même combat du fait de l'importance économique et sociale que revêtent les ressources naturelles et l'agriculture. Lorsque la population vit dans la pauvreté, elle n'a guère d'autre choix que la surexploitation des sols. Lorsque la terre, à la longue, ne se prête plus à une exploitation rentable, les habitants sont souvent contraints de migrer, à l'intérieur du pays ou en passant les frontières. Ces migrations risquent à leur tour d'aggraver les pressions qui pèsent sur l'environnement et de provoquer des tensions et des conflits sociaux et politiques. (Il est important d'avoir établi un lien avec la migration pour faire admettre à la communauté internationale que la désertification est bel et bien un problème d'envergure mondiale, tout comme les changements climatiques et la diminution de la diversité biologique.) Enfin, la sécurité alimentaire peut en venir à être menacée lorsque des populations qui vivent déjà dans des conditions précaires ont à faire face à de graves sécheresses et à d'autres catastrophes.

L'Annexe concernant la mise en œuvre au niveau régional pour l'Afrique esquisse une stratégie d'action. Cette annexe est la plus détaillée et la plus approfondie des annexes régionales à la Convention. Les propositions de programmes d'action nationaux qu'elle contient ont bénéficié d'une attention précoce lorsque les Parties ont adopté une résolution sur des mesures urgentes pour l'Afrique, résolution entrée en vigueur en juin 1994, soit deux ans et demi environ avant la Convention elle-même.

Les programmes d'action nationaux soulignent la nécessité d'une sensibilisation. La plupart des pays africains ont organisé des séminaires de sensibilisation afin de promouvoir un processus de formulation de leurs programmes d'action nationaux. Ces manifestations réunissent un large éventail de protagonistes qui débattent de la Convention, de sa philosophie et de la manière de l'adapter aux contextes nationaux. Dans certains pays, des séminaires ont aussi été organisés à l'échelon local pour mieux toucher les acteurs sur le terrain.

La mise en œuvre des programmes d'action nationaux ne peut réussir que si les consultations sont permanentes. Au début de 2002, 23 pays africains avaient finalisé, validé et adopté un programme d'action national. Ces pays sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, Djibouti, l'Erythrée, l´Ethiopie, la Gambie, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Maroc, la Namibie, le Niger, le Nigéria, l'Ouganda, la République-Unie de Tanzanie, le Sénégal, le Swaziland, le Tchad, le Togo, la Tunisie et le Zimbabwe. Cinq autres pays prévoient de finaliser leur programme d'action national courant 2002. L'élaboration des programmes d'action nationaux est un processus dynamique permanent et la situation de chaque pays est susceptible d'évoluer avec le temps. Pour que les programmes d'action nationaux soient mis en œuvre avec succès, ils doivent être intégrés dans d'autres stratégies nationales en faveur d'un développement durable telles que le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté et il faut lancer des processus de consultation en vue de conclure des accords de partenariat. La participation d´organisations non gouvernementales (ONG) est particulièrement importante et leur contribution au processus a été largement reconnue.

Des programmes d'action sous-régionaux ont aussi été finalisés. Les organisations sous-régionales de quatre sous-régions d'Afrique qui se sont vu confier la coordination de ces programmes sont : pour l'Afrique du Nord, l'Union du Maghreb arabe (UMA), pour l'Afrique de l'Ouest, le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), pour l'Afrique de l'Est, l'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), et pour le Sud du continent, la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC). Tout comme les organisations communautaires sont des protagonistes très importants pour la formulation des programmes d'action nationaux, de telles organisations intergouvernementales spécialisées sont les principaux partenaires de la conception de programmes d'action sous-régionaux. Dans le cadre de ces programmes, on cherche, dans la mesure du possible, à créer des synergies avec d'autres objectifs régionaux. Ainsi, par exemple, un projet visant à relier les organisations sous-régionales entre elles et avec leurs Etats membres respectifs par des systèmes électroniques contribuera au renforcement du réseau régional de télécommunications.

Un programme d'action régional est aussi en cours d'élaboration. Un centre de coordination régional, qui siège dans les locaux de la Banque africaine de développement, à Abidjan, est opérationnel depuis le début de l'année 2000. Son principal objectif est de soutenir la mise un œuvre du programme d'action régional. A la suite des recommandations formulées lors de la Conférence panafricaine sur la mise en œuvre de la Convention sur la lutte contre la désertification, qui a eu lieu en 1997, sept ateliers thématiques ont été organisés en 1998-1999 dans le but d´étudier les possibilités de créer des réseaux de programmes thématiques (TPN) afin de promouvoir la gestion intégrée des bassins fluviaux, lacustres et hydrogéologiques internationaux (TPN 1) ; l'agrosylviculture et la conservation des sols (TPN 2) ; l'utilisation des parcours et les cultures fourragères (TPN 3) ; la surveillance écologique, la cartographie des ressources naturelles, la télédétection et les systèmes d'alerte précoce ; les sources d'énergie nouvelles et renouvelables et les techniques associées ; les systèmes agraires écologiquement viables ; la notion d'environnement favorable et le renforcement des capacités. Les trois premiers réseaux sont déjà en place.

Les pays africains ont pris un bon départ, mais l'essentiel reste à faire. Pour réussir dans leur tâche, les pays touchés doivent veiller à ce que la lutte contre la désertification reçoive une priorité absolue. Il leur faut créer un environnement favorable en adoptant des mesures juridiques, politiques, économiques, financières et sociales appropriées. Il se peut par exemple qu'ils doivent modifier leur réglementation relative à l'occupation et à la propriété des sols, décentraliser davantage l'administration publique et renforcer les droits politiques à l'échelon local. Parallèlement, les partenaires extérieurs doivent faire la preuve de leur engagement sans faille à l'égard des principes de la Convention en nouant des relations productives avec les pays touchés. Il faut enfin redoubler d'efforts, notamment en matière de renforcement des capacités et d'appui financier, pour que les ONG et la société civile puissent demeurer des partenaires actifs tout au long de la phase de mise en œuvre.

Partie pertinente de la Convention : Annexe I : Annexe concernant la mise en œuvre au niveau régional pour l'Afrique

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