Un problème mondial de dimension transnationale
La désertification, phénomène d'empiètement des déserts, n'est pas un fait nouveau dans l'histoire du genre humain. Elle a joué un rôle d'accélérateur marquant dans le déclin des civilisations depuis des temps anciens. Par exemple, les empires Sumérien et Babylonien ont tous deux durement souffert lorsque leur productivité agricole a été détruite par un processus graduel principalement dû à de mauvaises pratiques de drainage, lesquelles ont permis une concentration excessive de sel, polluant ainsi leur terres irriguées.
Les archéologues ont également suggéré que des sécheresses prolongées aient pu appauvrir les bases de l'agriculture des Harappéen, un peuple qui vivait au troisième millénaire av. J.C. et qui est maintenant le Pakistan. Finalement, il semble qu'il ne fasse aucun doute que le littoral méditerranéen de l'Afrique était bien plus fertile et cultivable à l'ère carthaginoise (600-200 av. J.C) qu'elle ne l'est actuellement.
Néanmoins, alors que l'expérience de l'homme en matière de désertification n'est pas nouvelle, sa réalisation et ses impacts écologiques de grande portée le sont. La reconnaissance mondiale de la désertification en tant que problème environnemental transnational n'a pas vu le jour avant 1968 lorsque qu'une terrible sécheresse s'est abattue sur le Sahel, région de l'Afrique de l'Ouest s'étendant le long des frontières sud du Sahara.
Durant six années, les pays du Sahel - Mauritanie, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad - ont été dévastés par une sécheresse ininterrompue qui a généré une grave famine parmi les populations. Les conséquences humaines et naturelles furent tragiques et catastrophiques : le lac Tchad a rétréci d'environ un tiers de sa surface normale ; les phénomènes d'inondation par le Delta intérieur du Niger ou fleuve Sénégal ne se sont pas produits, laissant ainsi stériles les terres de culture les plus productives dans la région ; les puits peu profonds se sont asséchés, réduisant par là-même sérieusement l'étendue des pâturages ; la végétation a été détruite par les animaux affamés qui ont dépouillé les terres.
Une pluviosité raisonnable a enfin eu lieu au Sahel en 1974, mais entre temps la sécheresse, la famine et les maladies ont tué environ 250,000 personnes et des millions d'animaux d'élevage. La tragédie et la souffrance subies par les peuples du Sahel ont duré de 1968 à 1974. C'est à cette même période que l'attention internationale s'est portée sur cette situation critique et plus particulièrement sur sa cause : l'incapacité pour l'homme de faire face à l'avancée des déserts dans des conditions climatiques rudes.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) estime que la désertification touche approximativement 25 à 30 % de la surface totale du monde. Environ 1,2 milliard de personnes dans au moins 100 pays sont en danger. Le PNUE estime en outre que la désertification et la sécheresse représente une perte mondiale de 42 milliards de dollars par an en productivité alimentaire, auquel s'ajoute le coût incalculable des souffrances et des vies humaines perdues. Toujours d'après le PNUE, le pourcentage global de la désertification est en augmentation mais il varie selon les régions.
Avec environ 66 % de ses terres soit désertiques soit arides, l'Afrique est particulièrement affectée par la désertification. Un nombre important de famines à large échelle ont déjà touché la région sahélienne, provoquant ainsi la migration des peuples vers des terres plus accueillantes. La désertification est provoquée principalement par la surexploitation des terres, le surpâturage, les pratiques d'irrigations inappropriées et la déforestation. Ces activités résultent d'une pauvre gestion des terres, qui, à son tour, provient des conditions socio-économiques dans lesquelles les fermiers vivent.
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