Allocution de Mr Ibrahim Thiaw Secrétaire Exécutif de la CNULCD au Sommet de la GMV

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UNCCD News

Excellence, monsieur Mohamed Cheikh El Ghazouani, Président de la République Islamique de Mauritanie, président en exercice de la Grande Muraille Verte,

Excellence, messieurs les Présidents,

Excellence, monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine,

Excellence, mesdames et messieurs, à vos grades et rangs respectifs,

La Grande Muraille Verte est considérée comme l’œuvre de restauration des terres la plus complexe au monde. Sans doute la plus ambitieuse, à date. Ce programme est porté par un géant politique, l’Union africaine, dans une région, le Sahel, dont les potentialités sont, à regret, éclipsées par un récit historiquement négatif.

Les onze pays membres de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte totalisent une population avoisinant le demi-milliard d’habitants, avec des projections dépassant le milliard et demi d’ici la fin du siècle. Comment nourrir, éduquer, soigner, vêtir et répondre aux besoins d’une population, plutôt jeune et exigeante, dont les revenus dépendent essentiellement de ressources naturelles ? Des ressources par ailleurs agressées au quotidien par les aléas d’un climat hostile et d’un environnement austère.

La GMV, c’est planter l’espoir auprès de cette jeunesse pétillante de volonté. A la fois ubiquiste et opportuniste, ce Programme doit aider à transformer les défis en opportunités : le soleil, le vent, les espaces et les terres, les points d’eau et même les dunes. Transformer les défis démographiques en dividendes. Prévenir des ruptures de charge et des crises, notamment en milieux rural et péri-urbain.

L’une des plus grandes forces de la GMV, c’est l’engagement politique des États, au plus haut niveau, manifesté aujourd’hui encore par votre Sommet. D’accepter de mutualiser vos efforts, de rechercher la complémentarité, et de mobiliser votre organisation continentale, ainsi que vos instances sous-régionales. C’est inédit pour un programme de terrain, pour être souligné.

Cet engagement porte ses fruits. Lentement certes, mais sûrement, la communauté internationale convient que la gestion des ressources naturelles du Sahel doit s’inscrire parmi les réponses aux défis mondiaux à savoir : la désertification, la sécheresse, le changement climatique, la perte de la biodiversité et leurs corollaires économiques, sociaux et bien entendu environnementaux. Directement ou indirectement, la GMV contribuera à la paix, la sécurité et à la stabilité du Sahel.

La vraie bataille du Sahel, c’est celle du développement durable et de la gouvernance inclusive. Traiter les symptômes sans s’attaquer à la racine du mal, ne guérira point le malade. Le Sahel est avant tout malade de la dégradation de son socle productif, de ses sols érodés et son environnement détruit, à ajouter à l’espoir évaporé de ses jeunes.

En 2020, un bilan des dix premières années de la GMV a donné des résultats plutôt mitigés. Pour parvenir aux objectifs fixés en 2030, il faut restaurer, annuellement, plus de 8 millions d’hectares de terres agricoles, pastorales, de points d’eau et d’espaces naturels. Des investissements annuels à hauteur de 4 milliards de dollars US sont nécessaires.

La bonne nouvelle, c’est que c’est faisable. Le faire, c’est répondre aux immenses besoins de développement de la région. Mais c’est aussi contribuer aux objectifs mondiaux de lutte contre le changement climatique, contre la désertification, et répondre à bien d’autres objectifs du développement durable.

L’autre bonne nouvelle, c’est la promesse de financement, sur plus de 19 milliards de dollars pour l’horizon 2025. Nous sommes honorés de travailler avec vous, leaders Sahéliens, mais aussi avec le Président français, Emmanuel Macron, le Prince Charles du Royaume-Uni et bien d’autres.

Nous pensons que l’heure est maintenant venue de passer à l’échelle et mener des actions concrètes : soutien aux communautés ; gérer les écosystèmes et booster la résilience d’économies fragiles. Accélérer et simplifier les procédures de décaissement, tout en assurant la plus grande transparence de gestion. Accroître la capacité et la qualité d’absorption des ressources.

Les pays de la GMV voudront peut-être intégrer, si ce n’est déjà le cas, la GMV dans leurs Plans Nationaux de développement. Chaque pays voudra peut-être développer un programme national multisectoriel, intégré et cohérent par rapport aux piliers de l’Accélérateur de la GMV. Ceci permettra d’accélérer la mobilisation des ressources promises par les partenaires. Pour parvenir à nos ambitions, dans une région faisant face à autant de défis, les partenaires techniques et financiers devraient pour leur part considérer adopter des procédures souples et accélérées. Les sociétés sahéliennes attendent, avec une impatience compréhensible, la concrétisation des annonces de Sommets en actions sur le terrain.

Pour y parvenir, une réforme institutionnelle est nécessaire. Le Conseil des Ministres a déjà adopté une décision dans ce sens. Un renforcement du capital humain de l’agence régionale semble urgent. Les structures actuelles mèneront difficilement leurs missions de suivi-évaluation et de pilotage d’un programme d’une telle dimension.

Certains estiment qu’à terme, la GMV pourrait être la plus imposante œuvre humaine sur terre. L’Afrique a fourni plusieurs trésors à l’humanité. Ses civilisations, ses cosmogonies, ses technologies et ses pyramides, entre autres. Avec la GMV, l’Afrique peut montrer qu’elle n’a pas fini de surprendre le monde.

Je vous remercie.