Interview. Environnement : "on est loin de résoudre le problème du Sahel" / Environment: "We are far from solving the Sahel problem" (Ibrahim Thiaw)
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Resource type
UNCCD Library
Material Type
Web resource
D’après Ibrahim Thiaw, le Secrétaire exécutif de la Convention sur la lutte contre la désertification, la dégradation de la nature explique en partie la vulnérabilité de la région du Sahel exposée au terrorisme.
Ibrahim Thiaw est sous-secrétaire général des Nations unies et Secrétaire exécutif de la Convention sur la lutte contre la désertification. Pour lui, la célébration de la Journée internationale de l'environnement du 5 juin doit être l’occasion de repenser nos modes de consommation.
Il estime aussi que les conséquences de la dégradation de la nature expliquent aussi la vulnérabilité de certaines régions du Sahel exposées au terrorisme.
(Lisez l'extrait de son interview exclusive accordée à la DW ou écoutez l'audio en cliquant sur l'image ci-dessous).
Interview
Ibrahim Thiaw : Ce qui se passe au Sahel est dramatique. Je suis Sahélien et j'ai parcouru tous les pays du Sahel depuis des années. C'est mon boulot et j'ai vu la dégradation (de l’environnement) et j'ai vu les tendances venir.
Ce qui se passe c’est qu’on a moins de terres disponibles pour les besoins d'une population toujours croissante. On a moins de terres du fait de la dégradation du milieu naturel, du fait de la sécheresse, du fait des changements climatiques. Et on a d'un autre côté, une démographie qui est croissante. Donc le point d'inflexion est atteint depuis longtemps.
DW : Une telle situation rend les populations vulnérables. Et elles sont devenues des proies faciles pour des organisations terroristes.
Ibrahim Thiaw : Ce qui est récent maintenant, c'est la superposition de cette diminution des ressources avec des phénomènes extérieurs tels que le terrorisme.
Toujours est-il que le fait qu'il y a des gens qui ont cru devoir faire la loi et donnent en même temps de petites ressources : 100 dollars, 200 dollars et ils ont des messages qui passent. Des messages qui passent auprès des jeunes qui, d’un autre côté, ne voient pas leur gouvernement. On ne les voit que pendant les élections, lors des campagnes électorales, et ça crée une frustration. Ces jeunes sont des proies faciles.
DW : Avant d'occuper le poste de Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, vous étiez Conseiller spécial chargé du Sahel. Et là, vous avez contribué à élaborer un plan pour la région. Où en sont les Nations unies aujourd'hui avec ce plan ? Le document a-t-il pu aider à résoudre le problème dans la région ?
Ibrahim Thiaw : Non, le problème n'est pas résolu. Ne nous voilons pas la face, c'est un plan d'appui aux gouvernements. Ce n'est pas un plan des Nations unies. Les Nations unies ne sont pas une force extérieure qui va venir faire des choses.
Donc, il faut soutenir les pays, il faut les aider. Mais on est loin de résoudre le problème.
DW : Et pourquoi ?
Ibrahim Thiaw : Parce qu'on vit dans une situation complexe. On a des gouvernements qui font de leur mieux mais qui n'y arrivent pas. On a des populations qui sont déplacées. Il y a davantage de crises dans la région du Sahel. Donc on est loin d'avoir résolu le problème du Sahel.
Est-ce que la communauté internationale va venir en appui en vue de stabiliser la situation dans le Sahel, pour éviter que ce qu'on vit dans le Sahel ne fasse tache d'huile vers le reste de l'Afrique ou même le reste du monde ? Il faut prendre cette situation très au sérieux.
Ce n'est pas un problème uniquement sahélien. C'est d'abord un problème des gouvernements sahéliens mais ils ont besoin d'aide. Ils n'y arriveront pas seuls. Et les faibles ressources dont ils disposent aujourd'hui, davantage affaiblies par la situation pandémique actuelle, les rendent encore plus vulnérables. ( Follow the link above to listen to the full interview)
English (not official translation)
Interview
Ibrahim Thiaw: What is happening in the Sahel is dramatic. I am a Sahelian and I have traveled all the countries of the Sahel for years. It's my job and I saw the degradation (of the environment) and I saw the trends coming.
What is happening is that there is less land available for the needs of an ever growing population. We have less land due to the degradation of the natural environment, due to drought, due to climate change. And on the other hand, we have a growing demography. So the inflection point has been reached for a long time.
DW: Such a situation makes people vulnerable. And they have become easy prey for terrorist organizations.
Ibrahim Thiaw: What is recent now is the super imposition of this reduction in resources with external phenomena such as terrorism.
Still, the fact that there are people who believed they should make the law and at the same time donate small resources: 100 dollars, 200 dollars and they have messages that get through. Messages that reach young people who, on the other hand, do not see their government. We only see them during elections, during election campaigns, and that creates frustration. These young are easy prey.
DW: Before occupying the post of Executive Secretary of the United Nations Convention to Combat Desertification, you were a Special Advisor in charge of the Sahel. And there, you helped develop a plan for the region. Where are the United Nations today with this plan? Could the document have helped solve the problem in the region?
Ibrahim Thiaw: No, the problem has not been resolved. Let's not face it, it is a support plan for governments. It is not a United Nations plan. The United Nations is not an outside force that will come and do things.
So you have to support countries, you have to help them. But we are far from solving the problem.
DW: And why?
Ibrahim Thiaw :Because we live in a complex situation. We have governments that do their best but fail to do so. We have populations that are displaced. There are more crises in the Sahel region. So we are far from having solved the Sahel problem.
Will the international community come to support in order to stabilize the situation in the Sahel, to prevent what we are experiencing in the Sahel from spilling over to the rest of Africa or even the rest of world? This situation must be taken very seriously.
It is not just a Sahelian problem. It is primarily a problem of the Sahelian governments but they need help. They will not do it alone. And the scarce resources they have today, further weakened by the current pandemic situation, make them even more vulnerable.
Ibrahim Thiaw est sous-secrétaire général des Nations unies et Secrétaire exécutif de la Convention sur la lutte contre la désertification. Pour lui, la célébration de la Journée internationale de l'environnement du 5 juin doit être l’occasion de repenser nos modes de consommation.
Il estime aussi que les conséquences de la dégradation de la nature expliquent aussi la vulnérabilité de certaines régions du Sahel exposées au terrorisme.
(Lisez l'extrait de son interview exclusive accordée à la DW ou écoutez l'audio en cliquant sur l'image ci-dessous).
Interview
Ibrahim Thiaw : Ce qui se passe au Sahel est dramatique. Je suis Sahélien et j'ai parcouru tous les pays du Sahel depuis des années. C'est mon boulot et j'ai vu la dégradation (de l’environnement) et j'ai vu les tendances venir.
Ce qui se passe c’est qu’on a moins de terres disponibles pour les besoins d'une population toujours croissante. On a moins de terres du fait de la dégradation du milieu naturel, du fait de la sécheresse, du fait des changements climatiques. Et on a d'un autre côté, une démographie qui est croissante. Donc le point d'inflexion est atteint depuis longtemps.
DW : Une telle situation rend les populations vulnérables. Et elles sont devenues des proies faciles pour des organisations terroristes.
Ibrahim Thiaw : Ce qui est récent maintenant, c'est la superposition de cette diminution des ressources avec des phénomènes extérieurs tels que le terrorisme.
Toujours est-il que le fait qu'il y a des gens qui ont cru devoir faire la loi et donnent en même temps de petites ressources : 100 dollars, 200 dollars et ils ont des messages qui passent. Des messages qui passent auprès des jeunes qui, d’un autre côté, ne voient pas leur gouvernement. On ne les voit que pendant les élections, lors des campagnes électorales, et ça crée une frustration. Ces jeunes sont des proies faciles.
DW : Avant d'occuper le poste de Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, vous étiez Conseiller spécial chargé du Sahel. Et là, vous avez contribué à élaborer un plan pour la région. Où en sont les Nations unies aujourd'hui avec ce plan ? Le document a-t-il pu aider à résoudre le problème dans la région ?
Ibrahim Thiaw : Non, le problème n'est pas résolu. Ne nous voilons pas la face, c'est un plan d'appui aux gouvernements. Ce n'est pas un plan des Nations unies. Les Nations unies ne sont pas une force extérieure qui va venir faire des choses.
Donc, il faut soutenir les pays, il faut les aider. Mais on est loin de résoudre le problème.
DW : Et pourquoi ?
Ibrahim Thiaw : Parce qu'on vit dans une situation complexe. On a des gouvernements qui font de leur mieux mais qui n'y arrivent pas. On a des populations qui sont déplacées. Il y a davantage de crises dans la région du Sahel. Donc on est loin d'avoir résolu le problème du Sahel.
Est-ce que la communauté internationale va venir en appui en vue de stabiliser la situation dans le Sahel, pour éviter que ce qu'on vit dans le Sahel ne fasse tache d'huile vers le reste de l'Afrique ou même le reste du monde ? Il faut prendre cette situation très au sérieux.
Ce n'est pas un problème uniquement sahélien. C'est d'abord un problème des gouvernements sahéliens mais ils ont besoin d'aide. Ils n'y arriveront pas seuls. Et les faibles ressources dont ils disposent aujourd'hui, davantage affaiblies par la situation pandémique actuelle, les rendent encore plus vulnérables. ( Follow the link above to listen to the full interview)
English (not official translation)
Interview
Ibrahim Thiaw: What is happening in the Sahel is dramatic. I am a Sahelian and I have traveled all the countries of the Sahel for years. It's my job and I saw the degradation (of the environment) and I saw the trends coming.
What is happening is that there is less land available for the needs of an ever growing population. We have less land due to the degradation of the natural environment, due to drought, due to climate change. And on the other hand, we have a growing demography. So the inflection point has been reached for a long time.
DW: Such a situation makes people vulnerable. And they have become easy prey for terrorist organizations.
Ibrahim Thiaw: What is recent now is the super imposition of this reduction in resources with external phenomena such as terrorism.
Still, the fact that there are people who believed they should make the law and at the same time donate small resources: 100 dollars, 200 dollars and they have messages that get through. Messages that reach young people who, on the other hand, do not see their government. We only see them during elections, during election campaigns, and that creates frustration. These young are easy prey.
DW: Before occupying the post of Executive Secretary of the United Nations Convention to Combat Desertification, you were a Special Advisor in charge of the Sahel. And there, you helped develop a plan for the region. Where are the United Nations today with this plan? Could the document have helped solve the problem in the region?
Ibrahim Thiaw: No, the problem has not been resolved. Let's not face it, it is a support plan for governments. It is not a United Nations plan. The United Nations is not an outside force that will come and do things.
So you have to support countries, you have to help them. But we are far from solving the problem.
DW: And why?
Ibrahim Thiaw :Because we live in a complex situation. We have governments that do their best but fail to do so. We have populations that are displaced. There are more crises in the Sahel region. So we are far from having solved the Sahel problem.
Will the international community come to support in order to stabilize the situation in the Sahel, to prevent what we are experiencing in the Sahel from spilling over to the rest of Africa or even the rest of world? This situation must be taken very seriously.
It is not just a Sahelian problem. It is primarily a problem of the Sahelian governments but they need help. They will not do it alone. And the scarce resources they have today, further weakened by the current pandemic situation, make them even more vulnerable.
Keywords
Sahel
environmental crisis
migration
human security
drought
land degradation