Quand la terre se dessèche, les avenirs s’effacent
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6 avril 2025
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Special feature
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Peace & security
Tribune d’Asmaa Niang, Championne Sport4Land de la CNULCD pour la lutte contre la désertification
Dans les communautés rurales du Maroc, les femmes sont en première ligne d’une crise grandissante. J’ai rencontré de nombreuses femmes qui affrontent chaque jour avec une détermination silencieuse, jonglant entre les responsabilités de prendre soin de leur famille et la lutte contre les dures réalités de la dégradation des terres. À mesure que la désertification progresse, leur quotidien devient plus difficile : les champs produisent moins, l’eau se fait plus rare, et le travail est de plus en plus éloigné. Ces femmes portent un lourd fardeau, mais restent souvent invisibles dans les politiques et décisions qui déterminent leur avenir. Sans terres fertiles, sans accès aux ressources et sans reconnaissance, elles se retrouvent seules à lutter sur un sol épuisé.
Le coût de la désertification
Partout dans le monde, la désertification érode silencieusement les moyens de subsistance ruraux – et le Maroc n’échappe pas à cette réalité. Dans ce pays, la dégradation des terres menace la sécurité alimentaire et les revenus de 1,5 million de ménages. Cette crise environnementale ne transforme pas seulement les paysages ; elle déstabilise les vies, creuse les inégalités, et pousse les plus vulnérables vers la pauvreté et le déplacement. On estime que le coût économique de la dégradation des terres dans la seule région arabe atteint 9 milliards de dollars par an.
Aussi, cette crise ne touche pas uniquement la terre – elle frappe les personnes, les familles, et en particulier les femmes et les filles. Dans de nombreuses zones rurales, ce sont principalement les femmes qui cultivent la terre, nourrissent leur famille et maintiennent la vie communautaire. Mais bien qu’elles portent cette charge, elles se voient souvent refuser le droit fondamental de posséder la terre sur laquelle elles comptent. Dans la région arabe, 23 % des femmes travaillent dans l’agriculture, mais des millions n’ont toujours aucun droit légal sur les terres qu’elles exploitent. Au Maroc, seules 4,4 % des propriétaires fonciers sont des femmes. À mesure que la terre se dessèche, leurs options s’amenuisent – les exposant davantage à la faim, à la pauvreté, au déplacement et à la violence.
Désertification : une histoire de résilience
L’adversité – qu’elle vienne de la sécheresse ou de la discrimination – exige de la force. Pour moi, cette force est venue par le sport. Le judo m’a appris la discipline, la stratégie et la résilience – des compétences qui vont bien au-delà du tatami. Comme dans le sport, la vie exige de savoir se relever après chaque chute. Le sport peut être une force puissante d’émancipation, permettant aux femmes et aux filles de gagner en confiance, en autonomie et en espoir.
C’est pourquoi je collabore avec la Fondation Yzza Slaoui, une ONG locale active à Tendrara – une ville désertique du Maroc confrontée à de graves défis sociaux et environnementaux. Ensemble, nous créons des opportunités grâce au sport, car dans la lutte contre la désertification, l’un des plus grands combats est mental. Le sport aide à forger l’état d’esprit nécessaire pour persévérer.
Investir dans les femmes rurales
Soutenir les femmes rurales commence par la reconnaissance de leur droit à la terre. Être propriétaire ne se limite pas à un titre légal – c’est une base de stabilité économique, d’autodétermination et de dignité. La campagne « Her Land » de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) est une initiative essentielle qui sensibilise aux droits fonciers des femmes et appelle à des politiques publiques inclusives.
Il y a de l’espoir. Au Maroc, les femmes rurales luttent depuis plus de dix ans pour faire valoir leurs droits. Des réformes juridiques permettent désormais un accès égal aux terres collectives, et même les structures de pouvoir traditionnelles commencent à évoluer. Des familles qui s’opposaient autrefois à ces droits les soutiennent désormais. Ce progrès ouvre des portes vers la propriété, les opportunités et l’émancipation. Lorsque les femmes prospèrent, leurs familles et l’ensemble de la communauté s’élèvent avec elles.
À propos d’Asmaa Niang
La judokate sénégalo-marocaine Asmaa Niang est Championne Sport4Land de la CNULCD pour la lutte contre la désertification. Ayant lancé sa carrière sportive professionnelle à la fin de sa vingtaine, elle a été six fois championne d’Afrique et a représenté le Maroc aux Jeux olympiques de Rio 2016 et Tokyo 2021.
Au-delà de ses performances sportives, Asmaa est une fervente défenseuse des droits des femmes rurales à travers la Fondation Yzza Slaoui. Elle est également fondatrice de Kintsugi-Vibes, une organisation dédiée au soutien en santé mentale des athlètes vulnérables et des communautés touchées par la désertification au Maroc.
À propos de Sport4Land
Sport4Land est une campagne mondiale lancée par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Elle a pour objectif d’engager le monde du sport dans la lutte contre la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse. Avec le changement climatique qui intensifie les sécheresses, les vagues de chaleur et la dégradation des sols, les répercussions ne se font pas seulement sentir sur les terrains de sport, mais aussi dans nos assiettes, nos moyens de subsistance et notre environnement commun.
Publications
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