Femmes qui maintiennent la terre : des voix qui façonnent un monde en transition
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3 décembre 2025
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Story
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Gender
Bonn/Panama, 3 décembre 2025 – Partout dans le monde, les femmes s’adaptent déjà à un paysage en pleine transformation. Elles réorganisent les cycles de plantation, parcourent de plus longues distances pour l’eau, protègent les cultures contre la sécheresse, prennent soin des personnes âgées et des enfants lors de phénomènes climatiques extrêmes, et maintiennent des systèmes alimentaires reposant sur des sols de plus en plus fragiles. Leur travail quotidien reflète une réalité mondiale : 40 % des terres de la planète sont désormais dégradées et les sécheresses sont 30 % plus fréquentes qu’il y a vingt ans.
Ces expériences ont alimenté les discussions du Comité chargé de l’examen de la mise en œuvre de la Convention (CRIC), la réunion annuelle où les pays évaluent les progrès accomplis dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Dans ce processus, le Caucus Genre — créé lors de la quinzième session de la Conférence des Parties (COP15) à Abidjan et inscrit à l’agenda officiel pour la première fois cette année — s’est imposé comme l’un des espaces les plus influents pour façonner des politiques foncières sensibles au genre.
Au CRIC23 à Panama, le Caucus a attiré l’attention sur deux enjeux urgents : le leadership et les visions du monde des femmes autochtones dans la gestion durable des terres, ainsi que les impacts genrés des tempêtes de sable et de poussière (SDS), un risque environnemental aggravé par la dégradation des sols, l’assèchement des lacs et les changements climatiques.
Terre, savoirs et continuité
Les intervenants venus du Panama, de l’Arctique, d’Afrique, d’Amérique latine et de Mongolie ont souligné que le lien des femmes à la terre dépasse largement les responsabilités quotidiennes. Il façonne la continuité culturelle, la sécurité alimentaire et la stabilité des communautés. Pourtant, malgré cela, les connaissances des femmes guident rarement les stratégies nationales de conservation des sols ou de résilience à la sécheresse.
La Cheffe nationale Wounaan du Panama, Aulina Ismare Opua, a décrit les conséquences directes du changement environnemental sur la vie communautaire. « Les femmes de nos communautés sont confrontées chaque jour aux effets de l’évolution des sols, des forêts et de l’eau. Nous gérons ces impacts, mais nous ne sommes pas suffisamment incluses lorsque les politiques sont élaborées. Ce manque nuit à tout le monde », a-t-elle déclaré. Elle a également souligné que l’accès limité à la terre, à l’éducation et au financement compromet la capacité des femmes autochtones à contribuer pleinement aux stratégies nationales. « Lorsque les femmes guérissent la terre, la terre guérit le monde », a-t-elle indiqué, appelant à une inclusion accrue dans les agendas nationaux et internationaux.
Hindou Oumarou Ibrahim, Coordinatrice de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad (AFPAT), a souligné que la compréhension qu’ont les femmes autochtones des changements environnementaux s’enracine dans des générations d’observation et de pratiques. « Chaque carte de nos terres porte la mémoire de nos mères et de nos grands-mères. Chez les peuples autochtones, les femmes détiennent des générations de savoirs écologiques, pourtant ces connaissances sont trop souvent invisibilisées. Alors que les changements climatiques et la dégradation des terres s’accélèrent, nos savoirs ne sont pas des traditions du passé — ce sont des outils de résilience pour le présent et de survie pour l’avenir, protégeant à la fois nos communautés et la Terre que nous partageons », a-t-elle expliqué.
Leurs témoignages font écho aux données mondiales : les peuples autochtones gèrent environ un quart des terres de la planète, dont une grande partie est très riche en biodiversité. Les femmes jouent un rôle central dans cette gestion, tout en demeurant sous-représentées dans les ministères de l’environnement, les instances foncières et les négociations multilatérales.
Au sein du Caucus Genre, cette expertise a été directement intégrée au débat politique — de la sécurisation des droits fonciers menacés, à la combinaison des savoirs ancestraux et scientifiques, en passant par la restauration de paysages dégradés par l’érosion, la sécheresse ou la déforestation. Les intervenantes de Mongolie ont mis en avant les réalités auxquelles sont confrontées les femmes éleveuses rurales, notamment la perte de bétail due aux phénomènes climatiques extrêmes et l’absence de droits fonciers ou d’accès au crédit, qui limitent leur autonomie économique. Le message d’une éleveuse a particulièrement résonné : « Le sol, c’est la vie — et notre vie dépend du sol. »
Ces contributions devraient orienter les recommandations sensibles au genre issues de la réunion.
Une menace croissante aux conséquences genrées
Lorsque les discussions se sont tournées vers les risques climatiques, une autre réalité est apparue avec netteté : l’impact disproportionné des tempêtes de sable et de poussière.
Les SDS s’intensifient dans de nombreuses régions, affectant des communautés d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Asie, d’Océanie et même d’Europe. Ces tempêtes soulèvent près de deux milliards de tonnes de poussière dans l’atmosphère chaque année, et au moins un quart de ces événements sont exacerbés par des pratiques d’utilisation des terres non durables.
Leurs impacts touchent de multiples secteurs — agriculture, sécurité hydrique, transports, santé — mais ne sont pas répartis équitablement. Dans les communautés rurales et à faible revenu, les femmes sont souvent exposées plus longtemps en raison du travail agricole, de la collecte d’eau et des activités de marché. À l’intérieur des foyers, la poussière s’accumule dans les espaces de cuisine et de vie, augmentant les risques respiratoires. Et lorsque les tempêtes entraînent la fermeture des écoles, des marchés ou des récoltes, la charge de soins et la perte de revenus reposent d’abord sur les femmes.
Tout au long du Caucus Genre, les participants ont mis en avant une lacune persistante : l’absence de données ventilées par sexe. Sans ces données, les systèmes d’alerte rapide et les plans de préparation négligent les vulnérabilités des femmes et les stratégies qu’elles utilisent déjà. Le renforcement de ces systèmes d’information devrait figurer parmi les recommandations issues du CRIC23.
Une évolution dans la représentation
Cette année marque également une avancée importante pour la participation des femmes aux processus de la Convention. Grâce au Fonds pour les femmes déléguées (WDF) — soutenu par le programme mondial de la GIZ « Renforcement du pouvoir d’agir des femmes pour des zones rurales résilientes » (WE4R), financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement — des femmes provenant de pays touchés par la sécheresse et de pays en développement ont pu participer pleinement aux sessions du CRIC23 et bénéficier d’une formation ciblée en négociation en préparation de la COP17.
Les données de la CNULCD montrent l’ampleur des progrès encore nécessaires : les femmes ne représentaient que 27 % des délégués à la COP15 et 33 % lors de la dernière session du CRIC. Le groupe du WDF a apporté une expertise allant de l’hydrologie, la foresterie et l’agronomie aux politiques environnementales et au leadership communautaire, enrichissant à la fois le Caucus Genre et les discussions plus larges.
« Investir dans les femmes négociatrices, c’est investir dans des décisions foncières plus inclusives, efficaces et durables. Leur leadership renforce non seulement les salles de négociation, mais aussi les solutions mises en œuvre dans leurs pays», a déclaré Andreas Lange, responsable du programme de la GIZ.
COP17 : ancrer les politiques dans l’expérience vécue
À l’approche de la COP17 en Mongolie, les discussions du CRIC23 convergent vers une conclusion claire : la dégradation des terres et la sécheresse ne peuvent être efficacement combattues sans les perspectives des femmes qui gèrent la terre au quotidien. Leurs savoirs — scientifiques, traditionnels et expérientiels- sont essentiels pour restaurer les parcours pastoraux, améliorer la santé des sols, se préparer aux SDS et préserver la continuité culturelle face aux pressions environnementales.
Les intervenantes ont également appelé à un soutien accru à l’éducation des filles autochtones, à un meilleur accès à la technologie et au crédit, ainsi qu’à la reconnaissance du travail domestique, agricole et artisanal non rémunéré des femmes — autant d’éléments essentiels pour maintenir la gestion durable des terres à travers les générations.
Le Caucus Genre a souligné un message simple mais décisif : les politiques de protection des terres doivent refléter l’expérience de celles et ceux qui en dépendent le plus — faute de quoi elles risquent de répondre à la crise en apparence, mais pas en pratique.
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